Compte-rendu de tournée : 25-27.09.15 – Toulouse et Castelfranc

Nous quittons Paris ce vendredi un peu avant 11h. Je suis aux prises avec une pénible impression de déjà-vu. La ligne 14 du métro parisien, la voiture, la station-service de Villejuif, la boulangerie où nous faisons le plein de vivres pour le voyage, puis l’autoroute, long ruban de goudron où commencent infailliblement toutes nos aventures : il me semble avoir vécu cent fois cet épisode, mais je sais que la surprise nous attend quelque part, peut-être est-elle déjà parmi nous, car Princesse, notre fidèle Kangoo, transporte aujourd’hui un quatrième passager. Aux habituels protagonistes des week-end musicaux de Pierre & Bastien est venu s’ajouter Luc, vieux compagnon par qui, maintes fois, le scandale est déjà arrivé.

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Aires d’autoroute où j’ingurgite café après café, dévore des gaufres au chocolat, parcours d’un oeil las les rayons chargés de nourritures préparées industriellement, de livres vendus au rabais et d’articles dont le seul point commun est de pouvoir se brancher sur un allume-cigare ; barrières de péage où nous dépensons par avance le cachet que nous espérons recevoir en fin de soirée ; abords de grandes villes où nous pénétrons, fatigués par la route, les oreilles bourdonnant d’avoir entendu ronfler le moteur pendant 600 km : comme tout cela est familier! Je suis accablé sous le poids des éternels recommencements.

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C’est dans Toulouse que nous entrons aujourd’hui. Nous jouons place du Ravelin, avec Asphalt. Nous n’aurons pas à nous plaindre de la soirée : les souriantes Camille et Candice ont fait en sorte que la soirée se passe sans accrocs. Nous avons les bières au bar à volonté et pouvons jouer aussi fort que nous le désirons, rassurés par la présence de Lo Spider derrière la console. Malgré l’open-bar, je suis contraint à la suite d’un pari perdu à ne pas boire d’alcool ce soir, et tiens mon engagement : à l’exception d’une bière en sortie de scène, je reste d’une sobriété exemplaire. Après de longues heures d’ennui à attendre de ranger le matériel et de pouvoir trouver un peu de calme en rentrant chez Lo, qui nous accueille pour la nuit, je me glisse enfin dans des draps réconfortants. Je lis quelques pages de Spinoza et éteins la lumière.

J’ai eu la bonne idée d’emporter un short et une paire de baskets. Réveillé aux aurores, je pars courir le long du canal. Quelques pointes de vitesse en fin de footing achèvent de me réveiller, et je retourne chez Lo, à deux pas de la Capitainerie. Nous traînons en écoutant des disques, puis visitons le zoo de Toulouse, où Baptiste se fait mordre le doigt par un nandou. C’est une splendide journée d’automne ; il semblerait que l’été s’attarde paresseusement dans la ville rose.

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Nous repartons vers 15 heures. Après quelques hésitations, nous trouvons notre chemin et roulons jusqu’à Castelfranc, dans le Lot. Tout au long de la route, mon regard accroche sur les panneaux indicateurs des noms chargés de la magie que possèdent les étés de notre enfance. Figeac, Cahors, Rocamadour, la grotte de Pech-Merle : autant d’endroits où j’ai pu, tout jeune, confronter à l’histoire et à la préhistoire le petit bout d’existence que j’ai reçu en partage.

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Niché à la confluence du Vert et du Lot, Castelfranc est une bastide de caractère, où chante toute la poésie rocailleuse du Quercy. Au moment où je sors de la voiture, un vertige me saisit. Il me semble tout à coup que le meilleur hit punk-rock n’est rien comparé aux puissantes harmonies de la nature, mais je dois accomplir ma tâche et gagner avec Frédéric et Baptiste l’argent du retour. Nous jouons dans la salle “Derrière l’usine”, ancien studio de répétition construit quelques vingt années plus tôt par les jeunes du village, entre la caserne et la brocante “Lou Brocantou”.

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Là encore, l’accueil est de très haute qualité : ce week-end sera un sans faute. Nous faisons une rapide balance puis visitons le gîte où nous passerons la nuit, vieille maison décorée dans un goût marin-breton.

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Nous montons sur scène après Guns’n’Gänseblümchen et Ultra-demon et jouons deux heures, malgré la blessure que Baptiste s’est faite au doigt et au zoo. S’ensuit un DJ-set de Désiré Costaud et d’un certain DJ Stif, originaire du Loiret.

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chien

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Des amis, des toutous, de l’alcool : il semble que rien n’a manqué à cette soirée, sinon de durer davantage. C’est déjà la fin. Nous nous traînons, Baptiste et moi, tanguant et roulant, jusqu’à notre maison de marin breton, et je crois un instant avoir le mal de mer. Frédéric et Luc avaient quitté la soirée avant nous : nous les retrouvons finissant une partie de Scrabble riche en mots-comptent-triple, dans un silence éloquent qui n’est autre que le fracas de l’intelligence en action.

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Le lendemain je me promène dans Castelfranc, occasion d’admirer son mur-clocher et le Lot.

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Nous reprenons la route. Je sens, kilomètre après kilomètre, une mélancolie par trop familière s’appesantir sur moi. Aires d’autoroute, cafés, gaufres au chocolat : il semble que nous récapitulons à rebours la liste des supplices qui nous ont menés à l’autre bout de la France. J’écris ces lignes dans la voiture, à la nuit tombante, sans savoir si nous échapperons aux deux heures d’embouteillages que le GPS promet après la barrière de Saint-Arnoult. Paris est une niche infâme où, toujours, cette laisse qu’est l’autoroute nous tient attachés.

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